CHAPITRE 7
Le père Renaud avait une autre corde à son arc. Il cultivait une petite vigne fertilisée avec des algues qui donnaient à son vin un goût personnalisé, mais dont la teneur en alcool ne dépassait pas 9°.
Un certain dimanche, une exposition sur l'élevage des huîtres eut lieu à Château-d'Oléron. Tous les ostréiculteurs étaient là en compagnie des touristes. Ma femme repérant le père Renaud dans un groupe, le prit par le bras en lui disant avec un sourire enjôleur.
« Monsieur Renaud, vous qui savez tout, emmenez-moi faire le tour de l'exposition, et vous allez tout me dire. »
La Mélie, témoin de la scène, se mit alors à déclamer sur un ton goguenard, d'une voix qu'on ne pouvait pas ne pas entendre
« Regardez-moi ce vieux machin qui fait le beau avec une jeunesse à son bras ».
Tout le monde alentour se mit à rire, mais le vieil homme n'en avait cure, il savourait ce moment-là. À la sortie de l'expo, ma femme en savait plus que moi.
Néanmoins j'appris que les huîtres avaient leurs prédateurs.
-La « terre » par exemple, une raie à la queue terminée par un dard venimeux. À l'expo une photo montrait l'une d'elles avec ses ailes recourbées en appui sur le fond, en train de croquer une huître. Pour s'en défendre certains parcs étaient hérissés de "pointus", des bâtonnets plantés dans le sol qui interdisaient l'accès aux huîtres.
-Les étoiles de mer parvenaient à ouvrir les coquillages, et à introduire leur estomac pour digérer la chair sans vergogne.
-Et puis les escargots perceurs qui suçaient les mollusques par un trou percé dans la coquille.
Il ne me semble pas que les crabes minuscules que l'on trouve dans les moules s'attaquent aux huîtres. Ils sont peut-être démoralisés par les toxines émises comme moyen de défense par nos chers ostréidés, au même titre que dans l'estomac des humains. C'est pourquoi il faut les anesthésier avec un jus de citron. L'exposition faisait aussi la promotion des huîtres en conserve, qui n'a pas eu apparemment un retentissement notoire.
A bientôt
Georges